
Cinquième recherche identique sur la même banque de vidéos gratuites, curseur qui clignote sur le bouton télécharger, quand je me rends compte que je cherche un plan de forêt vue du ciel depuis presque une heure. Il manque dix secondes à la vidéo d'un pote: une transition façon survol de drone au-dessus des arbres. Problème, je n'ai ni drone, ni forêt, ni l'envie de ressortir un soir de semaine pour filmer quoi que ce soit.
Deux heures de cette chasse plus tard, après avoir cliqué sur deux ou trois liens bien louches, la trouille au ventre à l'idée que la chaîne de mon pote se prenne un strike pour droits d'auteur, j'ai arrêté de télécharger n'importe quoi. Quand on monte en autodidacte, comme moi, on n'a pas toujours le réflexe de vérifier ce qu'on a le droit de faire avec un clip avant de le poser sur la timeline.
Une licence Creative Commons, ce n'est pas un chèque en blanc
Le malentendu, il est là: la plupart des gens traduisent "libre de droits" par "gratuit et sans risque", alors que c'est surtout la traduction un peu bancale de l'anglais Royalty-Free. Ça veut dire qu'on ne paie pas de redevance à chaque visionnage, pas qu'on peut faire absolument n'importe quoi avec le clip une fois téléchargé.

Il existe six licences Creative Commons, et seule la CC0 autorise un usage commercial sans obligation de citer l'auteur ni de prévenir qui que ce soit. Les cinq autres imposent au minimum une mention du nom, parfois l'interdiction de modifier le plan ou de le réutiliser dans une vidéo qui vend quelque chose. Utiliser un clip sans vérifier laquelle s'applique, c'est un peu comme conduire sans assurance: ça passe, jusqu'au jour où ça passe moins bien.
Mahaut, qui suit la newsletter depuis un moment pour ses vlogs de randonnée dans les Vosges, m'a posé un jour la question que la plupart des gens n'osent pas formuler: est-ce qu'une toute petite chaîne, avec une poignée d'abonnés, risque vraiment quelque chose en réutilisant un plan mal sourcé? La réponse est oui, parce que la plateforme ne regarde pas la taille de l'audience avant de retirer une vidéo signalée, seulement ce qui est écrit sur la licence du clip.
La règle que j'applique depuis: je ne glisse aucun clip sur ma timeline sans avoir vu écrit noir sur blanc "CC0", ou à défaut la mention exacte exigée par la licence, et je note ça avant même de penser au montage proprement dit.
Où dénicher des plans qui ne sentent pas la banque d'images
Pour les plans de nature, de villes ou de textures un peu abstraites, Pexels et Pixabay restent mes deux piliers, ceux vers lesquels je reviens à chaque fois. Ce qui aide, c'est qu'ils proposent souvent des formats 16:9, le standard pour la vidéo panoramique, ce qui évite de recadrer à l'arrache et de perdre en netteté.
La résolution change aussi beaucoup de choses: viser du 4K UHD, soit 3840 x 2160 pixels, même pour un export final en 1080p, permet de zoomer dans l'image sans qu'elle devienne floue, pratique pour simuler un mouvement de caméra sur un plan fixe. Si vous voulez pousser la technique plus loin sur ces plans de stock un peu statiques, j'avais détaillé ça dans mon article pour maîtriser les images clés et animer un élément (un inconnu m'a d'ailleurs écrit un jour en DM, une ligne à peine, juste pour demander quel logiciel j'utilisais pour ça).

Certains sites soi-disant gratuits limitent quand même le nombre de téléchargements par jour, histoire de pousser vers l'abonnement payant. Gardez ça en tête si vous recadrez ensuite vos vidéos en vertical pour les réseaux: mieux vaut partir d'un plan large téléchargé à l'avance qu'être coincé par un quota le jour où trois vidéos doivent sortir d'un coup, juste avant les vacances d'été.
Le piège du plan trop parfait
En comparant deux de mes montages, un truc saute aux yeux: l'un était bourré de plans de stock superbes, lumière léchée façon pub de parfum; l'autre, tourné au smartphone par un pote, tremblait un peu partout et cadrait de travers. Devinez lequel a gardé les gens jusqu'au bout.
Les rushs moches ont gagné, et ça tient à un truc assez simple: passer d'une face caméra brute à un plan de stock ultra-léché, le spectateur sent que quelque chose cloche, et ça fait tout de suite "pub télé" plutôt que "partage entre potes". Mon réflexe maintenant, c'est de choisir des plans de stock au rendu plus naturel, moins parfait, pour qu'ils se fondent dans le reste du montage au lieu de ressortir comme un corps étranger.
Avant d'en arriver là, j'avais craqué pour un pack de LUTs vendu comme la solution miracle pour un rendu cinéma. Appliqué sur les rushs smartphone de mon pote, ça donnait un vert maladif, rien à voir avec ce qui était promis sur la page de vente, et j'ai dû tout retirer plan par plan. La correction colorimétrique de base mériterait tout un article à elle seule, mais la leçon ici tient en une phrase: un LUT pensé pour une caméra pro ne sauve pas des rushs de smartphone, et un plan de stock mal choisi ne sauve pas un montage bancal. Ces plans gratuits, je les garde surtout comme plans de coupe entre deux prises qui raccordent mal, jamais comme plan principal.
Parfois, le plus simple reste encore de sortir filmer deux plans soi-même: un passage devant la fontaine de la Place Stanislas vaut largement un stock aseptisé, pour à peu près le même temps qu'une recherche ratée sur une banque de vidéos. Et si vos propres rushs tremblent trop à côté des plans de stock, direction mon article pour stabiliser une vidéo tremblante sans matériel pro, histoire d'harmoniser le tout sans perdre ce côté brut qui fait qu'on y croit.

Classer ses fichiers pour ne plus se faire piéger deux fois
Je renomme chaque clip dès le téléchargement, avec le nom du site et la licence dedans, un truc du genre "foret-sapins-pexels-cc0.mp4", histoire de ne pas rouvrir le dossier six mois plus tard sans savoir si j'ai encore le droit de l'utiliser. Je les range aussi par thématique dans un dossier dédié plutôt que de tout laisser traîner en vrac sur le bureau.
Le disque dur externe branché à la machine finit toujours par déborder, et c'est là que Raoul, mon voisin de palier, me demande invariablement pourquoi le montage vidéo bouffe autant de place sur un disque, lui qui compose de la musique libre de droits à côté et n'a jamais eu ce genre de souci avec ses fichiers audio. Pour ne pas se retrouver à court d'espace en pleine session, j'avais détaillé ma méthode pour choisir le bon disque dur de montage vidéo sans y laisser trop d'argent.
La vidéo gratuite reste un outil pour boucher un trou ou illustrer un point, pas un raccourci pour éviter de filmer ou de lire une licence jusqu'au bout. Avant de glisser un clip sur la timeline, vérifiez toujours ce qui est écrit sous la mention de licence plutôt que le mot "gratuit" en haut de la page, et gardez vos propres images imparfaites au centre du montage: ce sont souvent elles qui retiennent les gens jusqu'à la fin.