Coupe Franche

Comment stabiliser une vidéo qui tremble sans utiliser de matériel pro

On s'est tous déjà retrouvés dans cette situation : on rentre d'une soirée ou d'un week-end avec des images plein la carte SD, on est super fier de ce qu'on a filmé, et une fois devant l'écran... c'est le drame. Un soir de février particulièrement froid, alors que la neige commençait à tenir sur les toits de Nancy, je m'étais mis en tête de monter les rushes d'un petit concert filmé pour des potes. Sur le moment, je pensais avoir géré, mais sur mon moniteur, chaque plan à la main donnait littéralement le mal de mer.

Le premier réflexe, c'est de se dire qu'on va régler ça en un clic au montage. J'ai balancé l'effet de stabilisation automatique de mon logiciel, j'ai attendu que la barre de progression se termine, et là, c'était encore pire. On aurait dit que le guitariste était fait en pâte à modeler. C'est là que j'ai compris qu'un logiciel ne peut pas tout rattraper si on n'a pas les bonnes bases au tournage, surtout quand on n'a pas les moyens de s'offrir un stabilisateur à cinq cents balles.

Le piège de la stabilisation logicielle trop agressive

Quand on débute, on croit que l'ordinateur est magique. On appuie sur "stabilisation" et on attend. Mais voilà ce qui se passe réellement : pour compenser vos tremblements, le logiciel va zoomer dans l'image. En général, on se tape un taux de recadrage logiciel typique de 10% à 20%. Ça veut dire que vous perdez instantanément en qualité d'image et en résolution. Plus ça tremble, plus ça zoome, et plus votre vidéo devient floue (ce qui est rageant quand on a filmé en 4K).

Le pire, c'est ce que j'appelle l'effet chewing-gum. C'est un de mes plus beaux ratés : le visage de mon pote qui s'étire bizarrement comme du chewing-gum sur l'écran à cause d'une stabilisation logicielle trop agressive. Le logiciel essaie tellement de garder le centre de l'image fixe que les bords se mettent à onduler. C'est ce qu'on appelle techniquement les artefacts de déformation, et c'est souvent dû au fait que le capteur de l'appareil enregistre l'image ligne par ligne. Si vous bougez trop vite, le haut de l'image n'est plus synchro avec le bas. C'est le fameux effet rolling shutter, ou effet Jello.

Gros plan sur un écran d'ordinateur montrant des distorsions d'image dues à une stabilisation logicielle

La technique des trois points de contact (Gratuit et efficace)

Pendant les vacances de Pâques, j'ai retenté le coup pour un projet de vlog. J'ai arrêté de compter sur mon PC et j'ai commencé à bosser ma posture. Le secret, c'est la physique de base. Si vous tenez votre appareil à bout de bras, vous allez trembler, c'est mathématique. La solution ? Créer trois points d'appui. C'est la base pour stabiliser n'importe quoi sans accessoire.

D'abord, collez vos coudes contre vos côtes. Ça transforme votre buste en trépied humain. Ensuite, si vous avez un viseur, collez l'appareil contre votre visage. C'est votre troisième point d'appui. Si vous filmez avec un écran, utilisez la sangle de votre boîtier : passez-la autour de votre cou et tendez-la au maximum vers l'avant. Cette tension constante va supprimer les micro-vibrations nerveuses de vos mains. C'est tout bête, mais ça change tout le rendu brut de vos rushes.

Si vous galérez encore avec le rendu de vos images, n'hésitez pas à jeter un œil sur comment retoucher les couleurs d'une vidéo pour donner un aspect pro facilement, car une image bien étalonnée fait souvent oublier les petits défauts de mouvement. Mais avant ça, il faut s'occuper de la manière dont vous marchez.

Apprendre la marche du ninja

Quelques jours après le début du mois de juillet, je filmais une petite déambulation dans les rues de Nancy. C'est là que j'ai vraiment mis en pratique la marche du ninja. L'erreur classique, c'est de marcher normalement, en posant le talon de manière sèche. Chaque pas envoie une onde de choc directement dans votre capteur.

Pour éviter ça, il faut fléchir légèrement les genoux (un peu comme si vous étiez à moitié accroupi, oui vous aurez l'air un peu bête) et faire rouler votre pied du talon vers la pointe très souplement. Votre bassin doit rester à la même hauteur tout au long du mouvement, comme si vous glissiez sur des rails. En combinant ça avec la sangle tendue, j'ai réussi à obtenir des plans qui semblaient presque avoir été faits avec un rail de travelling.

Démonstration de la technique des trois points de contact pour stabiliser un appareil photo manuellement

Régler son obturateur pour éviter le flou de mouvement saccadé

Un truc que j'ai appris en tâtonnant, c'est que la stabilisation dépend aussi de vos réglages internes. On parle souvent de la cadence de prise de vue standard de 24 images par seconde pour avoir un look cinéma. Mais le plus important, c'est la règle de l'obturateur (shutter speed). Pour que le mouvement soit fluide et naturel, il faut que votre vitesse d'obturation soit le double de votre cadence d'images.

Si vous filmez à 24fps, réglez votre obturateur sur une valeur de 1/50 de seconde. Si vous montez trop haut, genre 1/200, chaque image sera trop nette, et quand vous essaierez de stabiliser au montage, vous aurez des saccades horribles. Ce petit flou de mouvement à 1/50 est essentiel pour tromper l'œil et rendre les petits tremblements moins agressifs. C'est la règle du 180 degrés, et même sans être un pro, c'est le réglage qui m'a sauvé le plus de plans cet été.

Si jamais votre PC commence à ramer parce que vous testez trop d'effets de stabilisation en même temps, j'ai écrit un petit topo pour faire du montage vidéo avec un PC lent sans que le logiciel plante. Ça m'a bien servi quand mon ventilateur commençait à hurler.

Réglages de l'obturateur sur l'écran d'un appareil photo numérique pour la vidéo

L'analyse logicielle : quand et comment l'utiliser ?

Bon, parfois, malgré tous les efforts du monde, ça bouge encore un peu. C'est là qu'on sort l'artillerie logicielle, mais avec parcimonie. Un week-end pluvieux le mois dernier, j'ai passé des heures à comparer les réglages. L'astuce, c'est de ne jamais laisser le logiciel en mode automatique complet. Si vous utilisez Premiere Pro ou un outil similaire, baissez l'intensité de la stabilisation à 5% ou 10% maximum.

Je me souviens encore de la vibration sourde de mon bureau quand le ventilateur de mon PC s'emballe pendant que Premiere Pro analyse un plan de 10 secondes. Tout ça pour un résultat parfois médiocre. Mon conseil : privilégiez le mode "Position, Échelle, Rotation" plutôt que "Déformation de sous-espace" (Warp). Ça évite justement que les visages ne se transforment en chewing-gum, car le logiciel se contente de déplacer l'image sans essayer de la tordre pour compenser la perspective.

D'ailleurs, si vous trouvez que vos plans stabilisés manquent un peu de peps, vous pouvez essayer de réussir un effet zoom progressif sur une vidéo fixe au montage pour redonner une intention de mouvement propre à une image que vous avez dû trop recadrer.

Assumer le mouvement : l'authenticité avant tout

C'est là que mon avis diverge peut-être des tutos de pros que vous verrez ailleurs. À force de vouloir tout stabiliser, on finit par obtenir des vidéos qui manquent de vie, presque robotiques. Parfois, la stabilisation logicielle automatique détruit tellement la qualité d'image qu'il vaut mieux assumer le mouvement pour renforcer l'authenticité et l'immersion de votre vidéo.

Sur mon projet de concert à Nancy, j'ai fini par supprimer la stabilisation sur les plans les plus proches de la scène. Le fait que ça tremble un peu avec les basses et l'énergie de la foule donnait une impression de "vrai" que le logiciel essayait désespérément de gommer. Un plan qui bouge un peu, c'est un plan humain. Un plan qui ondule bizarrement à cause d'un algorithme foireux, c'est juste un plan raté.

Monteur vidéo satisfait regardant son projet finalisé sur son écran d'ordinateur

Au final, ce que j'ai retenu de ces derniers mois de bidouille, c'est qu'une bonne posture et deux ou trois réglages de base valent mieux que n'importe quel accessoire à 500 balles. Apprendre à bouger son corps et à comprendre son boîtier, c'est gratuit et ça reste avec vous pour tous vos prochains projets. Le montage, c'est souvent essayer de sauver ce qu'on a mal fait au tournage, mais plus on progresse, moins on a besoin de ces béquilles logicielles. Si vous débutez et que vous voulez vraiment progresser, sachez qu'une bonne base technique est souvent plus utile que de changer de matériel tous les six mois.

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