Coupe Franche

Retoucher les couleurs d'une vidéo pour donner un aspect pro facilement

Un soir de février, j'étais affalé dans mon fauteuil à Nancy, les yeux un peu rougis par une journée de boulot, en train de regarder les rushes d'un petit clip tourné le week-end précédent avec des potes. Sur l'écran minuscule de mon boîtier, l'image me paraissait dingue, pleine de peps et de promesses. Mais une fois balancée sur mon moniteur de montage, la douche froide : tout était plat, gris, sans aucune vie, comme un vieux souvenir délavé qui aurait traîné trop longtemps au soleil. C'est le moment classique où tu te dis que ton matos est naze, alors que le problème se situe juste entre le clavier et la chaise.

J'ai passé des plombes à essayer de 'réparer' ça. Ma technique de l'époque était assez basique, pour ne pas dire bourrine : je cherchais le curseur de saturation et je le poussais à fond jusqu'à ce que l'herbe soit d'un vert fluo radioactif et que la peau de mes potes devienne orange carotte. C'était moche, ça bavait de partout, et surtout, ça hurlait 'amateur' à des kilomètres. Je pensais vraiment que le look cinéma, celui qui te scotche à l'écran, était réservé à ceux qui bossent sur des machines de guerre avec des logiciels à mille balles. Spoiler : j'avais tout faux.

Sortir du gris sans tout casser

Après quelques semaines de tests à m'exploser les yeux (je me souviens encore de la lueur bleue de mon double écran qui me piquait les yeux vers minuit alors que je comparais deux nuances de bleu presque identiques sur un ciel de traîne), j'ai fini par comprendre un truc essentiel. La plupart de nos caméras filment dans un espace colorimétrique standard qu'on appelle le Rec. 709. C'est la norme pour la télé et le web. Le souci, c'est que si tu ne touches à rien, l'image est souvent un peu terne parce que le capteur essaie de garder un max d'infos dans les zones sombres et claires.

Gros plan sur l'écran de montage affichant les outils de correction colorimétrique

En montage 8-bit classique, on a 256 niveaux de luminosité par canal de couleur. Si ton image est plate, c'est que tu n'utilises qu'une petite partie de ces 256 niveaux. Mon erreur a longtemps été de vouloir ajouter de la couleur avant même d'avoir réglé la lumière. C'est comme essayer de peindre un mur dans le noir : tu ne verras jamais le vrai rendu. Aujourd'hui, ma première étape, c'est toujours l'exposition. Je ramène les noirs là où ils doivent être (bien profonds, pas grisâtres) et je remonte les blancs sans les faire 'exploser'. Rien que ça, ça redonne un coup de fouet immédiat à la vidéo sans même toucher à la saturation.

C'est aussi à cette période, au début du printemps, que j'ai arrêté de chercher le bouton magique 'Auto' qui ne marche jamais. J'ai commencé à regarder mes images avec un œil plus critique. Est-ce que mon blanc est vraiment blanc ? Souvent, à cause d'un mauvais réglage sur le terrain, l'image tire vers le jaune ou le bleu. C'est là qu'intervient la balance des blancs. Si tu as filmé en extérieur, ta référence devrait être autour de 5600K (c'est la température de la lumière du jour). Si tes blancs sont justes, tout le reste suit naturellement. Si tu galères encore sur tes coupes avant de gérer la couleur, jette un œil à mes astuces pour couper une vidéo rapidement au montage sans galérer, ça te libérera du temps pour la partie fun.

Le secret qui change tout : moins c'est mieux

Voici le moment où je vais à contre-courant de tout ce qu'on lit sur les forums de geeks : pour avoir un look pro, arrêtez de vouloir saturer vos images. C'est mon 'angle' à moi, mon secret de polichinelle. Quand on regarde un film au ciné, les couleurs sont rarement éclatantes. Elles sont riches, mais souvent un peu désaturées, ce qui donne ce côté élégant et intemporel. Quand j'ai commencé à baisser globalement la saturation de mes clips de 10 ou 15 %, tout a changé. L'image a pris une texture plus 'film' instantanément.

Comparaison avant-après d'une vidéo retouchée avec un aspect professionnel

Une fin d'après-midi pluvieuse, j'ai fait le test sur un vlog que j'avais tourné en ville. En mode 'normal', ça faisait reportage JT de 13h. En baissant la saturation et en ajoutant un tout petit peu de contraste dans les tons moyens, on aurait dit une scène de série Netflix (bon, une petite série, mais quand même !). L'œil humain se fatigue vite face aux couleurs trop vives. D'ailleurs, petit conseil d'ami : l'œil s'habitue aux mauvaises couleurs après 15 minutes de travail intense. C'est super traître. Tu penses que ton rendu est génial, tu vas te chercher un café, tu reviens, et tu te rends compte que c'est affreux. Faites des pauses, vraiment.

J'ai aussi eu mon moment de solitude totale, une vraie erreur de débutant que j'assume. J'avais passé trois heures à étalonner une vidéo de mariage pour un pote. J'étais super fier du résultat. J'exporte, j'envoie le lien... et il me répond : 'Euh Yann, pourquoi tout le monde est vert ?'. Le choc. En fait, j'avais oublié de désactiver mon filtre de lumière bleue nocturne sur Windows. Mon écran affichait tout en orange, donc j'avais compensé en mettant du vert partout sans m'en rendre compte. Depuis, je vérifie trois fois mes réglages système avant de toucher au moindre curseur de couleur.

Ma méthode en trois calques

Pour ne pas m'emmêler les pinceaux, j'utilise maintenant une méthode structurée. Je ne touche jamais directement au clip original. J'utilise des calques d'effets (ou des nodes si vous êtes sur Resolve, mais restons simples). Le premier calque sert à la correction pure : exposition, contraste de base, balance des blancs. C'est la base, le fond de teint si tu veux. Si cette étape est ratée, le reste sera moche, peu importe les filtres que tu ajoutes par-dessus.

Le deuxième calque, c'est là que je m'amuse avec le style. C'est là que je teste ma fameuse désaturation globale ou que j'ajoute une légère teinte dans les ombres (souvent un peu de bleu ou de sarcelle pour le fameux look 'Teal and Orange' mais très léger, promis). Et le troisième calque, c'est pour les finitions : un peu de netteté ou un léger vignettage pour guider le regard vers le centre de l'image. C'est simple, propre, et ça permet de revenir en arrière facilement si on a eu la main lourde.

Monteur vidéo fatigué devant ses écrans de montage tard le soir

L'importance de comprendre ce qu'on fait

Pendant longtemps, j'ai cru que je pouvais tout apprendre en piochant des tutos à droite à gauche. Mais le problème de la couleur, c'est que c'est hyper subjectif. On finit par tourner en rond et par refaire les mêmes erreurs. C'est en suivant une structure plus posée, un peu comme ce qu'on peut trouver dans une formation-montage-video, que j'ai vraiment progressé. Ça m'a permis de comprendre le 'pourquoi' derrière le 'comment'. Pourquoi telle couleur réagit comme ça, pourquoi mon export change de tête une fois sur YouTube... (D'ailleurs, pour éviter les mauvaises surprises à l'export, allez voir mon article sur comment exporter une vidéo YouTube sans perte de qualité sur Premiere).

Aujourd'hui, mes vidéos ont enfin ce petit 'truc' en plus qui fait qu'on ne se demande plus si c'est filmé avec un téléphone ou une caméra pro. Ce n'est pas parfait, je galère encore parfois sur un export capricieux ou une balance des blancs foireuse en intérieur avec des néons dégueulasses, mais je ne redoute plus l'étape de la couleur. Au contraire, c'est devenu le moment où mon montage prend vraiment vie, où l'ambiance que j'avais en tête au moment du tournage apparaît enfin sur l'écran.

Si vous débutez, mon meilleur conseil reste celui-ci : soyez subtils. La retouche réussie, c'est celle qui ne se voit pas au premier coup d'œil, mais qui se ressent. On veut que le spectateur soit plongé dans votre histoire, pas qu'il se demande quel filtre vous avez utilisé. Allez-y étape par étape, commencez par la lumière, calmez-vous sur la saturation, et vous verrez que vos vidéos vont prendre une tout autre dimension, même avec un montage simple et sans effets spéciaux complexes.

" , "labels": ["colorimétrie-vidéo", "étalonnage-débutant", "astuce-montage", "formation-montage-video"],

Articles connexes